Nous n’avons pas le temps en production. Il faut absolument produire et actuellement nous sommes en sous-effectif. C’est classique. Difficulté de sortir la tête du guidon. Comment s’y prendre alors ?
Quel est le constat ?
Les actions correctives, au sens ISO 9001, concernent généralement le produit fabriqué. Au sens « Assurance Qualité Produit » c’est normal mais très réducteur en terme de management de processus.
On trouve vraiment très peu de chose pour les actions préventives. Cela s’explique classiquement dans la mesure où il n’existe pas vraiment la culture du « management du risque ». On a suffisant de problèmes au quotidien et de plus on n’a pas le temps d’identifier les risques pesant sur le produit fabriqué.
Pour les actions d’amélioration « pures » basées sur le management de projet (action / pilote / délai), c’est encore un autre monde. Quand on sous-traite un produit pour un client, on va vous dire que les produits sont conçus par le client. Donc par définition, pas d’amélioration du produit !
Et alors ?
En production, il faut absolument s’intéresser aux activités qui aboutissent au produit de qualité livré dans les délais au client. Donc, il faut regarder les composantes 5M :
- Matière entrant dans la fabrication du produit
- Main d’œuvre : gestion des compétences
- Moyens de fabrication
- Méthodes de travail
- Milieu de travail
Consacrer du temps à l’amélioration continue en production se limite généralement au responsable de la production. On a bien essayé la boîte à idées, mais ce fût un flop ! De toute façon, le personnel n’a pas d’idée !
Comment peut-on démarrer l’amélioration participative ?
1. Mettre en place un outil au milieu de l’atelier : tableau daté utilisant des post-it
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Zone atelier |
Proposition d’idées |
Nombre d’idées retenues |
Nombre d’idées appliquées |
Nombre d’idées efficaces |
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| Zone 1 |
3 |
2 |
1 |
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| Zone 2 |
1 |
1 |
||||
| Zone 3 |
1 |
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| Zone 4 |
3 |
1 |
||||
Dans la zone 1, la situation est la suivante :
- 2 nouvelles idées à prendre en compte par le management
- 3 idées retenues dont 2 déjà en place et dont 1 déjà jugée efficace
2. Présenter le principe aux collaborateurs
Une fois le tableau mis au milieu de l’atelier, il faut faire une présentation de l’outil. Faites une présentation de la méthode à l’ensemble des collaborateurs du secteur :
- Objectif de la méthode :
o Participer à l’organisation de mon poste de travail en proposant des idées : aspect qualité, sécurité, hygiène, …
o Participer à l’organisation de mon atelier : outillage commun, dossier de fabrication, …
- Illustration par l’exemple à travers les 5M
o M « Moyen » : prévoir un gabarit de montage permettant de garantir la qualité du produit fabriqué
o …
3. Manager le tableau
L’implication du personnel nécessite une rigueur au niveau du manager. Il s’agit de tenir à jour le tableau en « temps réel » :
- Traiter rapidement le post-it (idée retenue ou pas) car vous avez crée une attente du personnel : colonne « Nombre d’idées retenues »
- Attention de faire un retour vers la personne ayant proposée une idée finalement non retenue
- Mettre en place les idées retenues le plus rapidement possible avec le personnel concerné. Il est important d’impliquer les collaborateurs dans la mise en œuvre : colonne « Nombre d’idées appliquées »
- Montrer l’efficacité des idées mises en pratique en communiquant régulièrement sur les résultats obtenus : colonne « Nombre d’idées efficaces »
4. Animer l’avancement des actions d’amélioration
Dans le cadre d’une réunion de production (1 fois par semaine) , faites une présentation rapide en 10 minutes en vous appuyant sur :
- un indicateur montrant la participation du personnel : données d’entrée de la démarche participative
- un indicateur montrant la dynamique de mise en œuvre des idées retenues et de leur efficacité : données de sortie de la démarche participative
- L’illustration des améliorations obtenues : photo avant / après par exemple
En conclusion
La réussite de toute méthode réside dans l’accompagnement soutenu que vous allez faire dans le temps jusqu’à ce que cela devienne un élément de la culture d’entreprise.
L’amélioration participative ne se limite pas non plus à la production. Elle concerne l’ensemble du personnel. L’utilisation d’un outil « visuel » permettra de partager les idées avec l’ensemble des collaborateurs d’un secteur (un bureau d’études, un magasin, un service commercial, …), mais également avec les personnes d’autres secteurs. Il s’agit de créer une dynamique de l’amélioration continue.
Avez-vous mis en place des démarches participatives ?
N’hésitez pas à partager vos réflexions autour de ce sujet :
- Le truc qui marche
- Pourquoi cela n’a pas fonctionné ?
Dans le prochain article, je vous propose un outil simple (Excel) pour animer la démarche participative des collaborateurs :
- Suivi des idées selon le modèle PDCA
- Indicateurs à partager avec les collaborateurs
Crédit photo : phdkyh
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Voilà un sujet ô combien important…
Avec l’approche risque que vous soutenez et l’implication de tous dans la démarche d’amélioration, on tient là les clés d’une démarche qualité réussie, conduisant vers l’excellence.
Vos suggestions permettent également à donner du sens à la mise en œuvre de l’exigence du chapitre 6.2.2 d) relative à l’implication des collaborateurs (souvent éluder par les entreprises).
Bonjour Jérémy,
Vous avez tout à fait raison de faire le lien avec cette exigence « Ressources humaines ». L’amélioration participative est un moyen pour répondre de manière factuelle à « contribuer à la réalisation des objectifs qualité ». L’article concernant l’approche des compétences par la boucle PDCA devrait vous intéresser.
Merci de cette précision.
Bonjour,
Dans mon entreprise que je nommerai X, j’ai une boite à idée qui est installée dans l’atelier depuis 2007. Les deux premières années, une dizaine d’idées ont été formulées (dont 3 retenues) mais après … plus rien !
Il existe à ce jour une certaine démotivation au sein de l’atelier et un réel manque de communication. A chaque échange avec les opérateurs, je rencontre le même problème… ils n’ont « plus la force de se battre ».
Comment faire revivre cette boite à idées et relancer (dirai-je même plutôt lancer) une démarche participative. A noter que la culture de l’entreprise est plutôt rustique et la rupture entre atelier/bureaux(direction) pourrait faire l’objet d’un cas d’école !
Merci d’avance !
Bonjour Hélène,
Je ne suis pas un fan de la boîte à idées. Une démarche qualité est avant tout une dynamique d’amélioration continue par les managers. Si la participation ne fonctionne pas bien, c’est souvent le problème du management, où du moins du mode de management utilisé.
Si votre responsable d’atelier n’adhère pas à la démarche participative, j’aime autant vous dire que la tâche va être extrêmement difficile. L’amélioration continue doit être pilotée par les responsables. La responsable qualité peut intervenir en tant que support méthodologique. Elle ne doit pas se substituer aux responsabilités des managers. Vous voyez bien. C’est une question de maturité des managers au management par les processus (indicateurs de performance et amélioration continue).
La réunion avec le personnel de production est également un bon moyen pour dynamiser l’amélioration participative et la communication. Ces réunions sont très courtes. Elles sont organiser par le chef d’atelier où des chefs d’équipe. Cela dépend de l’organisation de votre entreprise. Il faut y inclure des sujets récurrents permettant de faire passer de l’information collective : les réclamations clients, les non conformités internes, les informations générales, des sujets de réflexion, échanges libres.
Introduire des sujets de réflexion permet d’impliquer le personnel dans des recherches de causes et de solutions. Bien sûr, ces sujets ne concernent en aucun cas des problèmes nécessitant la mise en place d’un groupe de travail dédié.
Proposer un échanges libres permet de faire parler le personnel. Des idées d’amélioration peuvent ainsi remonter. Là encore, il faut de la persévérance si le personnel n’est pas habitué à s’exprimer dans votre organisation.
L’article consacré à l’amélioration participative est un moyen que j’ai pu tester personnellement dans une entreprise. Encore une fois, il faut y mettre une certaine énergie pour que l’outil vive. Une fois que les idées et les questions remontent, il est fondamental de suivre l’ensemble des points afin d’apporter un retour concret aux émetteurs. Il ne faut surtout pas négliger cet aspect sinon le personnel se refermera sur lui-même : « C’est comme d’habitude, on n’a jamais de réponse. ». La dynamique se casse rapidement si on ne se donne pas les moyens de suivre.
Merci de me tenir informé de la suite donnée.
Au plaisir de vous lire.
Pascal Weber